Grand cormoran posé sur le bout d'une branche ailes totalement déployées.

Tirs de cormorans – Infos juin 2026

Mise à jour le 

13 arrêtés préfectoraux autorisant le tir des cormorans sur des étangs vosgiens de Francogney, de Puthières, de Vannes, des Receveurs, de la Harfaing, de la Grande Plaine, des Aulnées, des Breuillots, Joachim, de la Ferme de Joncey, de Grande Fontaine, de Bourriot et de Villé, viennent de voler en éclat (voir ordonnance du tribunal administratif). Et cela grâce à un travail d’équipe !

Il y avait urgence à suspendre les arrêtés autorisant des destructions de cormorans sur ces étangs pour les raisons suivantes qu’Oiseaux-Nature a fait valoir dans son argumentation du 10 juin 2026 :

  1. Des oiseaux sont en cours de destruction depuis la date de la notification des arrêtés qui a eu lieu avant la date de la publication au Recueil des Actes Administratifs (RAA) de ces arrêtés, ne permettant pas à Oiseaux-Nature d’agir.
  1. Les nombres d’oiseaux à détruire ont été fixés arbitrairement par une administration non informée n’ayant pas réuni le Comité départemental de suivi du cormoran et donc ne disposant pas d’informations sur l’espèce, et n’ayant également pas recueilli d’éléments sérieux en n’organisant pas de consultation du public (pourtant imposée par la loi).
  1. Aucun comptage par baguage inamovible des oiseaux détruits n’est prévu et aucune certitude ne peut être obtenue sur le nombre réel d’oiseaux tués ou blessés. Le braconnage est d’ores et déjà possible.
  1. Les tireurs n’ont aucun  intérêt à déclarer les morts dans les 72 heures suivant la destruction de façon à ne pas atteindre le plafond prévu à l’article 4 de l’arrêté. Ils  peuvent ne pas les déclarer s’ils n’ont pas été surveillés ou contrôlés.
  1. Il n’est pas prévu de comptabiliser les blessés, ce qui autorise et permet les tirs à longue distance blessant des oiseaux condamnés à une mort suivant une longue agonie.
  1. Les atteintes à la ressource piscicole ne sont absolument pas établies, ni qualitativement, ni quantitativement.
  1. Contrairement à celle du cormoran qui est très lente, la reproduction des poissons est très rapide et les pertes sont compensées très vite. A titre d’exemple, une femelle brochet pond environ 15000 œufs par kilo de son poids et la croissance des jeunes est très rapide. Quant au cormoran, il pond 3 ou 4 œufs/an et les jeunes se reproduisent rarement avant leur 4ème année, s’ils sont encore en vie…
  1. La juridiction a déjà prononcé la suspension en urgence de plusieurs arrêtés départementaux similaires (Ordonnance du 20 février 2023 n° 2300176, pièce 19).
  1. Oiseaux-Nature organise bénévolement et gratuitement depuis de longues années tous les dimanches d’hiver des observations des oiseaux d’eau et notamment des cormorans au plan d’eau de Remiremont. D’autre part, l’association effectue le suivi des populations d’oiseaux d’eau le long des réserves de chasse du Domaine public Fluvial (DPF) sur la Moselle d’Épinal à Châtel, ainsi que sur la Meurthe jusqu’à 10 km en aval de Saint-Dié-des-Vosges.
    Hors, les tireurs sont autorisés à intervenir jusqu’à 100 m des rives. Le dérangement induit sur les oiseaux nicheurs et la faune sauvage dans son ensemble risque de compromettre la reproduction et par conséquent l’état de conservation de ces espèces. Aucune mesure particulière ni aucune recommandation aux tireurs  pour « limiter le dérangement des espèces ou habitats naturels présents dans les territoires concernés par la mise en œuvre de ces interventions » ne sont  envisagées.
    Les dérogations accordées à tort par les arrêtés en question portent atteinte aux buts qu’Oiseaux-Nature poursuit. Le risque important de braconnage induit de ne pas comptabiliser les blessés par des tirs hors de portée, puisqu’il n’est pas prévu de baguage sur site comme cela se fait pour les ongulés. Ceci rend tout contrôle impossible par les agents de l’OFB totalement débordés. Des tirs pendant la fermeture générale de la chasse, bien avant la date d’ouverture de la chasse au gibier d’eau, rendent la faune sauvage inabordable pour des observations de qualité et perturbent les sorties guidées

Point sur les causes potentielles de mortalité chez les poissons

Pour étudier les causes de mortalité chez les poissons, il faut prendre en compte différents éléments que le préfet n’a absolument pas :

  1. les facteurs abiotiques (oxygénation, température de l’eau et polluants) ;
  1. la prédation entre poissons, et c’est la plus importante, avec un cortège de prédateurs se nourrissant toute l’année (perches, brochets, sandres, truites, saumons de fontaine, black-bass…, qui sont d’ailleurs pêchés avec des leurres en forme de poissons) ;
  1. la prédation par les oiseaux (martins-pêcheurs, grèbes, hérons, aigrettes, milans noirs, balbuzards pêcheurs… et bien sûr cormoran) ;
  1. les maladies.

Au vu de ces éléments, on voit bien qu’il est impossible d’avancer, comme cela a été fait, que les « dégâts importants » parmi les poissons sont à attribuer au seul cormoran.

Point sur la prévention pour protéger la population de poissons

Une dérogation accordée de destruction doit être justifiée. Au préalable, il existe de nombreuses méthodes de prévention qui doivent être mises en œuvre au préalable, hors le préfet ne montre pas qu’il  a recherché la preuve de l’existence de mesures suffisantes pour prévenir d’éventuels dégâts. Voici quelques mesures à combiner (une ne suffit pas, et dire qu’une seule ne fonctionne pas, n’est pas un argument recevable) :

  • des cachettes sous l’eau offertes aux poissons (appelées « grottes ») fonctionnent bien ;
  • une couverture végétale ou autre ; 
  • la suppression des arbres secs (perchoirs indispensables aux cormorans) à proximité ;
  • l’utilisation de fils, filets avec petits leurres brillants ou métalliques ;
  • des épouvantails de formes humaines en nombre suffisant et déplacés de temps en temps.

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